RELATION
Situation du camp de RAVENSBRÜCK
le 12 mai.
Un officier russe, assisté d’un médecin,
est installé au camp des femmes.
Il ne restait plus que 11 françaises
intransportables (malades très graves) soignées
Par Madame VAILLANT-COUTURIER, assistée
d’une doctoresse russe.
Toutes les françaises ont été évacuées
avant l’arrivée des Russes. Par contre de nombreuses déportées
étrangères y étaient.
Madame VAILLANT-COUTURIER m’a déclaré
qu’elle avait tout le nécessaire au point de vue matériel. Seul,
l’isolement paraissait pénible.
Dans le camp des hommes, la situation est
beaucoup plus tragique. Au moment de l’arrivée des Russes et de
l’abandon du camp par les Allemands, la panique a régné et les déportés
se sont dispersés.
Deux officiers belges ont pris le
commandement du camp et ont regroupé les déportés et les prisonniers.
Ils estimaient à 400 le nombre de Français se trouvant soit à
l’infirmerie soit dans les baraquements divers autour du camp.
Une doctoresse Madame AUSWOLD –
orthographe non garantie – ainsi que des médecins prisonniers assurent
le service médical. Les médecins, eux-mêmes, sont dans un état physique
déficient.
Les officiers belges réclament un secours
médical immédiat (en personnel et médicaments). Ils estiment à 75% le
nombre des malades très graves (en général tuberculose).
De très nombreux décès se sont produits
dans les jours qui ont suivi la libération et les déportés sont restés
dans des conditions lamentables au milieu des cadavres et des ordures.
Le manque de réconfort moral se fait
gravement sentir. Le moral est extrêmement bas.
Une demande instante des officiers belges
suppliant la Croix-Rouge d’envoyer secours médicaux et moyens
d’évacuation a été remise par mes soins le 13 au Ministère des
Prisonniers.
SITUATION DANS LA ZONE RUSSE
De nombreux prisonniers et déportés de
toutes nationalités errent dans la zone russe, essayant en vain de
gagner la zone américaine. Tous se sentent abandonnés. Les Russes
semblent les délaisser complètement.
ATTITUDE DES RUSSES
La troupe russe ignore le pavillon
français et n’a aucun égard particulier pour nos nationaux. Je n’ai
trouvé aucun russe parlant français, d’où incompréhension. La
circulation est extrêmement difficile à cause des barrages à tous les
points de passage.
Par contre le commandement russe dès
qu’il est rassuré sur la nationalité française, se montre très
bienveillant, mais les consignes sont très strictes. On sent que les
Russes ne veulent pas laisser échapper les Allemands.
CONCLUSION
Des mesures immédiates de secours
d’évacuation et d’assistance morale s’imposent dans la zone russe de
façon que nos nationaux ne se sentent plus abandonnés.